Retour sur cet été 2019 : l’impact des canicules à Paris et les solutions mises en œuvre pour y faire face

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L’Agence Parisienne du Climat (APC) présentait ce mercredi 16 octobre le bilan des épisodes de chaleur de l’été 2019 avec son partenaire et membre fondateur Météo-France.

Après avoir dressé un panorama détaillé des données climatiques de l’été et des projections du climat futur, l’agence a présenté les solutions de mise en œuvre sur le territoire de Paris : dispositifs d’information et de sensibilisation, transformation et aménagement de l’espace public, et travail d’adaptation des bâtiments pour favoriser le confort d’été.

Enfin, dans le cadre de ses missions de veille et d’identification des bonnes pratiques et des projets à fort potentiel d’impact positif sur le territoire, l’Agence Parisienne du Climat a identifié 2 dispositifs innovants présentés par leurs porteurs de projet pour rafraichir les logements et optimiser la ressource en eau en période de chaleur. Karine Bidart, nouvelle Directrice Générale de l’APC, a ouvert cette séquence en rappelant les missions fondamentales de l’agence, accélérateur de la transition écologique à Paris.

Un été exceptionnellement chaud

Marqué par deux canicules exceptionnelles, cet été parisien a été particulièrement chaud et vient se classer en 3e position pour la température moyenne depuis 1872 (début des mesures), avec 21,7°C (derrière 2003 et 2018).

Cet été a été marqué par deux canicules. La première, du 24 au 30 juin, est particulièrement précoce : c’est la conséquence de l’arrivée d’une masse d’air très chaud en provenance du Sahara et gagnant une grande partie de l’Europe. La seconde canicule se produit entre le 22 et le 26 juillet, particulièrement intense. En effet le 25 juillet est la journée la plus chaude depuis 1872 pour la température maximale (42,6°C).

D’une durée de 5 jours, cette vague de chaleur a été plus intense qu’en 2003 mais nettement plus courte.

Des épisodes caniculaires renforcés à Paris par le phénomène d’îlot de chaleur urbain (ICU), lié à la présence importante de surfaces minéralisées et qui créé une sorte de « bulle de chaleur » sur la ville. L’écart constaté entre Paris et certaines zones des départements 77 et 91 est monté jusqu’à 10°C le 25 juillet 2019. Cet été fut également très sec, en particulier le mois de juillet, durant lequel les précipitations n’ont atteint que 32 % de leur valeur normale.

Des canicules directement liées à l’activité humaine

Un travail d’attribution mené par différents chercheurs européens dont Météo-France et l’IPSL (Institut Pierre-Simon-Laplace) au sein du groupe de recherche World Weather Attribution permet de prouver que le changement climatique d’origine humaine augmente significativement la fréquence et l’intensité des vagues de chaleur comme celle que la France a connue en juin 2019.

Ces canicules sont bien liées au changement climatique : dans un climat non modifié par l’homme, une canicule comme celle de juillet 2019 aurait été quasiment improbable, avec 1 chance sur 1 000 de se produire.

Les mesures mises en place pour adapter la ville à ces épisodes

L’Agence Parisienne du Climat collabore avec la Ville de Paris dans le cadre d’un groupe de travail sur le rafraîchissement urbain en période de forte chaleur. Dans le cadre de ces travaux, plusieurs typologies d’actions ont été mises en place pour lutter contre ces épisodes de chaleur :

La sensibilisation, la formation et l’accompagnement, avec une communication sur les gestes à adopter lors des canicules et la diffusion d’informations sur les lieux où se rafraîchir, les « îlots de fraicheur », à travers une carte sur Paris.fr et l’application Extrema.

Ainsi, ce sont 922 îlots de fraîcheur par jour et 218 par nuit qui ont été identifiés pour l’été 2019. La carte a enregistré plus de 40 000 vues pour l’épisode de juin et plus 26 000 vues pour l’épisode de juillet, ce qui témoigne d’une très forte demande d’information des Parisiens sur ce sujet. En parallèle, le dispositif Chalex a été activé afin de repérer les personnes vulnérables et les accompagner si besoin vers des salles rafraîchies. Sur l’été 2019, 8 000 personnes y sont inscrites, elles ont été contactées et certaines ont été accompagnées vers l’une des 41 salles rafraîchies (mairies d’arrondissements, EHPAD, clubs et restaurants sociaux).

L’adaptation des infrastructures, de l’espace public et des bâtiments

L’objectif visé pour 2020 est que chaque Parisien se trouve à moins de 7 minutes de marche d’un îlot de fraicheur. Pour ce faire, un travail d’identification a été réalisé par le groupe de travail piloté par la Ville, avec pour résultat la carte sus-mentionnée. Aujourd’hui ce sont 94 % des Parisiens qui se trouvent à moins de 7 minutes de marche d’un îlot de fraicheur.

De nombreuses solutions d’adaptation ont été déployées sur l’espace public cet été :

  • L’ouverture de 13 parcs et jardins la nuit pour toute la période estivale et de 18 parcs en période de canicule.
  • L’installation de dispositifs de rafraîchissement par l’eau : en plus des 1 200 fontaines à boire, ce sont 48 brumisateurs et 36 prototypes de fontaines 2 en 1 qui ont été testés cet été. Le bilan est positif puisqu’on recense une large utilisation de ces dispositifs expérimentaux avec très peu de dégradations.
  • Le développement des baignades urbaines avec l’ouverture des piscines et bains douches plus tardives en période de canicule, la baignade dans le bassin de la Villette dont la capacité maximale de 1 000 personnes a été atteinte tous les jours cet été, et l’ouverture de 3 bassins éphémères dans les équipements sportifs.
  • La mise en place de cours d’école Oasis (transformation de cours d’école en vue de leur rafraîchissement avec végétalisation, porosité des surfaces, ombre, présence d’eau). Trois écoles ont été transformées en 2018 et une trentaine livrée en 2019. L’objectif est que la totalité des 760 cours d’écoles et collèges parisiens soient transformées d’ici en 2040.
  • Enfin, un travail de recherche sur des matériaux de voirie innovants est mené afin de permettre de faire baisser la température de 2°C

Pistes d’approfondissement : les projets à mener pour se préparer aux prochaines canicules

Future forêt urbaine du parvis de l’Hôtel de Ville

Dans le cadre du groupe de travail sur le rafraîchissement opéré par la Ville de Paris et auquel l’Agence Parisienne du Climat participe, de nombreuses mesures sont envisagées, parmi celles-ci :

  • La multiplication des îlots de fraîcheur : le concept des cours oasis pourrait être répliqué dans d’autres équipements gérés par la ville ou ses partenaires (SNCF, Etat, Région, APHP, bailleurs, congrégations, diocèse).
  • Le Plan Ombre : dès 2020 des études vont être lancées par la Ville de Paris pour effectuer un diagnostic des « ressources en ombre » sur le territoire et sur le recours à des ombrières artificielles.

L’Agence Parisienne du Climat a également appuyé la Ville pour entamer la concertation autour d’une évolution future de son PLU, qui intégrerait un volet énergie-climat sous forme d’Orientation d’Aménagement et de Programmation (OAP).

Enfin, la Ville de Paris s’est fixée des objectifs de renforcement de la végétalisation, des zones humides et d’amélioration de la couverture du réseau de froid dans le cadre de son plan climat :

  • Le développement du réseau de froid parisien (qui recouvre actuellement 43 % du territoire) pour éviter le recours à des systèmes de climatisation individuels peu performants et énergivores.
  • Davantage de végétalisation, avec 20 000 arbres de plus en 2020 par rapport à 2014, 30 ha d’espaces verts supplémentaires et 4 forêts urbaines, ainsi que 50 % du territoire en surfaces perméables végétalisées en 2030 (contre 29,6% en 2014).
  • La création de 50 nouvelles zones humides sont prévues d’ici 2030 (aujourd’hui, on recense 209 mares et zones humides dont 21 créées depuis 2014).

Accompagnement de la rénovation des bâtiments parisiens

La résidence de la Reine à Boulogne-Billancourt, lauréate des Trophées CoachCopro et dont la rénovation intègre une façade bioclimatique.

Le confort d’été est désormais un critère indispensable à intégrer dans la rénovation de l’habitat à Paris, cette prise en compte intervient à plusieurs niveaux :

  1. Isoler : agir sur l’enveloppe du bâtiment en utilisant notamment des matériaux biosourcés et en optimisant les systèmes de ventilation ;
  2. Mettre en place des solutions passives pour éviter le rayonnement solaire direct (comme les volets ou les persiennes) ;
  3. Végétaliser les toitures et débitumer les cours d’immeubles ;
  4. Adopter des éco-gestes au quotidien.

L’Agence Parisienne du Climat accompagne les professionnels au quotidien sur ces thématiques, avec la mise en place de formations et de groupes de travail dédiés. Elle conseille également les copropriétaires qui se lancent dans une démarche d’amélioration de leur habitat. Plusieurs copropriétés ont déjà été suivies sur ce type de projets comme la copropriété de la rue du Couedic, celle de la rue des Artistes dans le 14e arrondissement, ou encore celle de Madame Borsatto, située dans le 18e arrondissement.

Façade rénovée de la copropriété du 2 rue Ernestine, 75 018

Focus sur la copropriété du 2 rue Ernestine, à Paris 18e

Madame Borsatto réside au 2 rue Ernestine à Paris dans le 18e arrondissement. Sa copropriété s’est lancée dans un projet de rénovation suite à une injonction reçue pour réaliser le ravalement de la façade. L’obtention de subventions pour ce projet était soumise à l’amélioration de la performance énergétique. La copropriété a donc fait réaliser des travaux d’isolation thermique avec un enduit à base de chaux et de liège (matériaux biosourcés), dont les propriétés permettent de renforcer l’inertie du bâtiment et participent à ce titre à une amélioration significative du confort d’été. Avec seulement 6 cm d’épaisseur, celui-ci a le même pouvoir isolant qu’une Isolation Thermique par l’Extérieur (ITE) traditionnelle tout en étant beaucoup moins inflammable.

Depuis la fin des travaux en juin dernier, Madame Borsatto et les copropriétaires de son immeuble ont observé une nette amélioration de leur confort cet été et elle n’a pas du tout utilisé son ventilateur par rapport aux années précédentes.

Des innovations pour rafraîchir la ville durablement

Dans le cadre de son travail de veille et de partage des bonnes pratiques, l’Agence Parisienne du Climat identifie, diffuse et accompagne les innovations sur le territoire parisien. Parmi les solutions d’avenir à fort impact de rafraîchissement urbain, l’APC a présenté 2 projets :

Ylé architecture a développé le projet AIR, lauréat du concours FAIRE 2019 du Pavillon de l’Arsenal, qui permet un rafraîchissement du bâti ancien via un système de végétalisation des cours d’immeubles et de raccordement des conduits de cheminées à ces cours plantées. Ainsi l’air dépollué et rafraîchi est distribué dans les appartements.

Bocage Urbain, un système d’aménagement paysager modulaire qui propose une gestion alternative des eaux de pluie en créant une synergie entre l’eau et le végétal au cœur de l’espace public. Il contribue au bien-être des citoyens et à l’embellissement de la ville. Ce projet porté par Elodie Stephan et ICADE est en cours de test en grandeur nature pour la première fois sur le Parc des Portes de Paris à Aubervilliers, avec huit modules qui ont été installés et collectent les eaux de toiture d’un bâtiment de 70 m2.

Système d’aménagement de Bocage Urbain
Projet AIR

Les intervenants de l’événement :

  • Karine Bidart : Directrice Générale de l’Agence Parisienne du Climat
  • Cécile Gruber : Directrice des Transitions à L’Agence Parisienne du Climat
  • Frédéric Delhommeau : Directeur Habitat et Rénovation à l’Agence Parisienne du Climat
  • Jérémie Jaeger : Chargé d’étude à l’Agence Parisienne du Climat
  • Raphaëlle Kounkou-Arnaud : Adjointe au responsable Datascience et Consultance, Secrétaire de la commission « Santé-Environnement » du CSM de Météo-France
  • Aubin Gergaud : Chargé de mission Environnement à la Fédération Française du Bâtiment
  • Jean-Paul Clément : représente le syndicat Actibaie (professionnels du store et de la protection solaire)
  • Grégory Lavoué : Chef de projet chez Urbanis
  • Julia Borsatto : copropriétaire du 2 rue Ernestine 75018 Paris
  • Baptiste Laurent : Responsable Open Innovation chez Icade (projet Bocage Urbain)
  • Romain Brochard : Architecte Associé chez Ylé Architectes (projet AIR)

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